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Certification des pièces de monnaie

Par Dot36    |   Vendredi le 26 octobre 2012

Si l'on peut croire que la numismatique est l'un des plus vieux passe-temps du monde, le recours au service de certification est, quant à lui, un phénomène encore relativement récent pour les collectionneurs, surtout pour les plus âgés de ce monde. En effet, si l'on peut dire que l'étude et la collection des monnaies remontent à au moins 800 ans, cela ne fait qu'un peu plus de 25 ans que les entreprises de certification sont apparues. Par exemple, le très reconnu service américain PCGS (Professional Coin Grading Service) n'est en affaire que depuis 1986, tout comme son équivalent canadien, ICCS (International Coin Certification Service), lui aussi créé en 1986. Quant à notre entreprise québécoise CCCS (Canadian Coin Certification Service), elle a vu le jour en 2004. Il est donc important de bien saisir que la certification de pièces possède un caractère à tout le moins récent.

En effet, très peu d'entre nous savent qu'à la fin du 19e début du 20e siècle, la priorité de la majorité des collectionneurs était de compléter leur collection, sans trop tenir compte du grade des pièces qui la composait. Ce qui importait alors était d'avoir dans sa collection une pièce de chacune des années pour une ou toutes les dénominations émises. À mesure que les anciennes pièces furent remplacées par les nouvelles (en particulier le 1 cent et le 5 cents) les collectionneurs de cette époque durent se tourner vers les marchands de pièces pour compléter leur collection. Puisque la majorité des collectionneurs devaient maintenant payer pour obtenir des pièces, l'habitude et le besoin de grader les pièces commencèrent à s'installer peu à peu. Ainsi, tant qu'à payer pour acheter une pièce, on sentit le besoin de chercher les meilleurs spécimens disponibles. Avant d'aller plus loin, j'aimerais toutefois ajouter un peu de profondeur à l'histoire de la certification.

On doit tout d'abord noter que l'échelle Sheldon, qui est l'outil de base dont se servent aujourd'hui les compagnies de certification pour donner un grade aux pièces, n'a été élaborée qu'en 1948 par William Sheldon lors d'une étude sur les anciens un cent américains. L'échelle qu'il a créée utilise les chiffres de 1 à 70 où théoriquement une pièce qui aurait la cote de 70 serait dans un état 70 fois meilleur que celle cotée à 1. Puis, dans les années 1960, bien avant l'apparition des compagnies de certification mentionnées dans cet article, il y avait des publications comme celles de Zoell et quelques autres qui recensaient les erreurs et tentaient de les répertorier avec les qualificatifs mineurs et majeurs; quant aux grades, on en retrouvait beaucoup moins qu'aujourd'hui. De mémoire, les premières publications de Zoell, qui remontent à plus de 50 ans, ne comprenaient que 4 classifications pour le grade soit Fine (F), Very Fine (VF), Extra Fine (EF) et UNC. Les collectionneurs devaient alors partir à la chasse avec ces informations pour trouver leurs pièces.

Avec les années, le nombre croissant de collectionneurs et l'apparition de plusieurs autres classifications dans les grades furent des points qui contribuèrent à développer le besoin de certification. L'avis d'un tiers commença à être utilisé dans les transactions où le vendeur et l'acheteur ne parvenaient pas à s'entendre sur le grade à accorder à une pièce, surtout lorsque la différence du prix d'une pièce entre un grade et un autre était très importante. La certification offrant l'avis neutre et impartial d'un tiers (d'où l'expression third party grading), les transactions devenaient plus faciles à se conclure. Bref, on peut dire que cet aspect de la certification est devenu surtout nécessaire pour répondre au besoin d'avoir un avis impartial sur l'état (le grade) d'une pièce, qu'elle soit à vendre ou à intégrer dans une collection. Un autre aspect intéressant de la certification est celui où on l'utilise pour établir la valeur assurable d'une collection. Bien qu'il ne soit pas mauvais d'acheter une pièce certifiée quand il s'agit d'un gros achat, la certification reste en numismatique un besoin ponctuel et non la norme.

Plusieurs membres nous posent souvent la question à savoir s'il faut indiquer le grade lorsqu'on envoie une pièce pour la certification. C'est un peu le même principe que pour l'erreur que l'on retrouve sur certaines pièces. On peut toujours donner son avis sur le grade, mais le mot final revient à l'entreprise qui fait la certification, car c'est sa réputation qui est en cause et non pas celle du propriétaire de la pièce. Il ne faut jamais perdre de vue que la gradation n'est pas une science exacte et qu'il peut y avoir divergence à l'occasion. D'ailleurs l'adage anglais: Buy the coin, not the holder/slab stipule que l'on achète la pièce qui est dans l'étui et non le certificat. C'est pourquoi comme acheteur il ne faut pas seulement se fier uniquement au certificat, mais bien vérifier que la pièce qui se retrouve à l'intérieur de la pochette correspond selon nos connaissances à l'inscription qui la décrit. Concernant ce point, il m'arrive encore de voir des pièces certifiées qui ne correspondent pas toujours à ce qui est inscrit sur la certification et la seule façon de se prémunir contre ce phénomène est d'augmenter nos connaissances personnelles concernant la gradation des pièces.

D'une manière générale les pièces qui ont circulé sont plus faciles à grader car on peut s'accorder plus facilement sur l'usure de la pièce. Là où ça se complique, c'est sur les pièces en condition incirculées. D'autres facteurs comme le lustre, le nombre de marques et leurs localisations (effigie, champ, lettres, etc.) font en sorte qu'un grade de différence entre le propriétaire de la pièce et le gradeur se produit. Il faut alors poser la question à celui qui grade de nous expliquer sa position, dans le but de bien comprendre le pourquoi de la différence du grade accordé. En passant, je n'ai jamais réussi à faire changer un grade sur une pièce déjà gradée par une entreprise, mais en contrepartie je comprends mieux comment grader mes pièces. De cette façon, on finit par développer l'œil et il y a de moins en moins de divergences sur l'octroi des grades.

J'ai également fait un test avec quelques pièces envoyées à différentes entreprises de certification. Généralement, les compagnies américaines sont plus généreuses dans l'octroi des grades que les compagnies canadiennes. Une fois que l'on sait cela, on ajuste notre offre si on veut acquérir une pièce gradée par ces dernières. Cela étant noté, je pense que chaque collectionneur doit se faire sa propre idée du choix de l'entreprise à qui il confie ses pièces. En passant, lorsque vous envoyez une pièce qui a déjà été certifiée par une autre entreprise, l'entreprise qui fait la deuxième certification doit vous retourner le certificat de la première entreprise avec la pièce qu'elle certifie. Une fois gradée, la pièce revient dans un étui souple (softslab) accompagné d'un certificat attestant son grade à moins que le propriétaire de la pièce ait demandé un étui rigide (hardslab). En ce qui a trait à la conservation des pièces qui ont une bonne valeur, les étuis rigides sont, selon moi, ce qu'il se fait de mieux. À ma connaissance, une seule entreprise canadienne certifie avec des étuis rigides, et c'est notre entreprise québécoise située à Saint-Basile-le-Grand.

Exemples de SoftslabExemples de Hardslab
Exemples de Softslab Exemples de Hardslab
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En terminant, je vais partager avec vous ma vision sur la certification. Compte tenu des coûts qui y sont associés, je me suis donné les balises suivantes pour décider ou non de faire certifier une pièce:

  1. toute pièce de ma collection que j'estime à plus de 100 $ est automatiquement envoyée pour certification; ça permet d'avoir un avis neutre sur la pièce, lire ici que si j'achète une pièce non certifiée à un marchand c'est qu'il a ma confiance et que s'il survient un problème lors de la certification nous pourrons trouver un terrain d'entente (petite précision, en passant, pour ceux qui ne me connaissent pas: je ne suis pas un marchand, mais bien un collectionneur qui sait bien qu'un jour sa collection changera de main, soit par lui-même ou par sa succession; alors, aussi bien connaître avec le plus de neutralité possible l'état des pièces importantes de la collection)
  2. toute pièce comportant une nouvelle variété que je découvre est également envoyée pour certification dans le but d'authentifier la variété pour ensuite la faire connaître via les sites informatiques ou les revues et livres traitant de numismatique.
  3. toute autre pièce dont j'estime la valeur supérieure à 25 $, mais inférieure à 100 $, et qui servira à compléter le lot de pièces à certifier, de façon à réduire le coût de la certification sur la base unitaire. (Lot de 10, 50 ou 100 pièces).

Je cumule mes pièces et mes sous de façon à ne jamais envoyer moins de 10 pièces à la fois dans le but d'amortir le coût unitaire de la certification. Certains collectionneurs s'unissent et regroupent leurs pièces en lot de 50 ou 100 pouvant ainsi bénéficier de meilleurs prix unitaires.

Voilà, il appartient à chacun de définir ses balises. Je connais des collectionneurs qui n'envoient que des pièces MS pour la certification alors que d'autres envoient toutes les pièces qui sont supérieures au coût de la certification, etc. En terminant, comme je l'ai déjà dit souvent : tous les goûts existent, même les miens! ;-)