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La série Paysages canadiens (1954)

Par Banque du Canada    |   Mercredi le 6 décembre 2006

La série Paysages canadiens (1954)
National Currency Collection

À la suite de l’accession au trône de la reine Elizabeth II, en 1952, la Banque du Canada a commencé à planifier sa troisième série de billets. Cette série était dotée des mêmes teintes et de la même présentation bilingue que la précédente, mais des changements importants au dessin lui ont conféré une facture nettement moderne.

Les modifications apportées reflétaient l’affirmation croissante du nationalisme canadien. Un document d’information interne de la Banque rédigé au début des années 1950 en fait mention en ces termes : « L’ornementation traditionnelle des billets de banque témoigne d’une inclination pour le style victorien […] Cependant, les Canadiens ne sont pas friands de ce genre d’ornementation élaborée, et encore moins si elle s’inspire de l’époque où le pays avait un statut de colonie n’ayant pas atteint le stade de la maturité. » [traduction

La Banque a confié à Charles Comfort (un artiste canadien de renom qui a plus tard été nommé directeur de la Galerie nationale du Canada) la mission de donner à ses billets une allure plus contemporaine. L’ornementation détaillée des billets des séries antérieures a été simplifiée, et les allégories du verso ont été remplacées par des scènes pittoresques représentatives du paysage canadien. Celles-ci ont été choisies par des cadres de la Banque, qui ont consacré six mois à étudier plus de 3 000 photographies puisées dans les fonds des Archives nationales du Canada, du Canadien Pacifique et de plusieurs agences de presse. Le choix des photos devait répondre aux conditions suivantes : éviter les grands bâtiments, privilégier les scènes à caractère rural plutôt qu’urbain, restreindre les signes d’activité humaine ou économique et s’écarter des paysages connus. Il a résulté de tous ces efforts une série de billets à caractère fondamentalement canadien qui donne l’impression générale d’un vaste territoire dominé par les forces de la nature.

La série Paysages canadiens (1954)
National Currency Collection

L’évolution du dessin

Les premières maquettes soumises par la Compagnie canadienne des billets de banque limitée pour la nouvelle série (A) reprenaient trop le style de la série précédente, dont elles conservaient les guillochis très élaborés, le portrait central encadré, le lettrage et même le motif en arrière-plan. La première ébauche réalisée par Comfort pour la coupure de 100 dollars (B) était dotée de caractères et d’une bordure plus simples ainsi que d’un portrait de facture moderne non encadré. Au fil des discussions avec la Banque, les dessins proposés pour le recto du billet (C et D)se sont progressivement rapprochés de celui qui a finalement été retenu.

La première esquisse de Comfort pour le verso des billets de la nouvelle série (E) montre un élément du Monument commémoratif de guerre du Canada représentant un groupe de militaires. La suivante (F) comporte une vue de l’ensemble du cénotaphe, que l’artiste privilégiait au moment où l’on envisageait d’illustrer du même dessin le verso de toutes les coupures. Estimant que cette image était peut-être trop chargée sur le plan émotif, la Banque a plutôt suggéré d’agrémenter les billets de paysages. Comfort a donc produit des croquis des chutes Niagara (G) et plus tard un paysage plus générique (H) dans lequel la bordure prend la même forme qu’au recto. Les trois dernières maquettes comprenaient toutes des branches de pin créées par un graveur sur bois de Winnipeg, Eric Bergman. L’utilisation de bandes horizontales au lieu d’une bordure fermée n’a pas reçu l’appui des sociétés d’impression.

Afin de faire échec aux tentatives de contrefaçon futures, les images choisies sont devenues la propriété exclusive de la Banque; les fournisseurs ont dû céder leurs droits sur les images et détruire la totalité des négatifs et des exemplaires qu’ils possédaient. De plus, les armoiries canadiennes figurent pour la première fois sur les billets, au recto, en arrière-plan

La série de 1954 est aussi la seule dont toutes les coupures portent l’effigie du monarque régnant. Auparavant au centre, le portrait a de nouveau été déplacé, cette fois vers le côté droit du billet, où il risquait moins d’être endommagé lorsque le billet était plié en deux. Par ailleurs, le cadre décoratif autour de chaque portrait a été abandonné.

Pour les billets de cette série, la Banque souhaitait utiliser un portrait inédit de la nouvelle reine. Les concepteurs en ont créé un en modifiant le cliché du célèbre photographe canadien Yousuf Karsh qui était reproduit sur le timbre-poste canadien de 2 cents émis en 1952. On y voyait la reine couronnée d’un diadème en diamants, le visage tourné vers la droite. Pour les billets de banque, le diadème a été supprimé et l’image renversée de façon que la reine soit tournée vers la gauche. La gravure de l’effigie modifiée, que la reine a approuvée, a été exécutée par George Gunderson, maître graveur à la British American Bank Note Company.

Les premiers billets de la série de 1954 portant l’effigie réalisée par Gunderson ont été surnommés « face du diable » du fait que, sur la gravure originale, un démon ricanant semble apparaître dans les reflets des cheveux de la reine, derrière l’oreille.

Dès la fin de 1955, la Banque avait entrepris de corriger l’illustration et, en mars 1956, elle a ordonné à ses deux imprimeurs de modifier les plaques d’impression en assombrissant les reflets dans les cheveux de la reine. Entre-temps, une vive controverse faisait rage au Canada et outre-mer. H. L. Hogg, un conseiller municipal britannique, s’est fait l’écho de l’indignation que cette image suscitait chez bien des gens : « La face de diable est si parfaite que, ma foi, je ne vois pas comment elle aurait pu se retrouver là autrement que par la volonté démoniaque de l’auteur du dessin ou du graveur ayant fabriqué la plaque », a-t-il écrit au haut-commissaire au Canada en mars 1956. « Je joins à la présente une enveloppe pour que vous me retourniez le billet, mais je préférerais en fait que vous me disiez l’avoir brûlé. »

La série Paysages canadiens (1954)
Création d’un paysage. À partir de la photographie originale, le graveur crée un croquis à l’aquarelle (A), puis un dessin au trait pour la gravure (B). La gravure définitive (C) est ensuite exécutée, et le verso du billet est soumis aux fins d’approbation. National Currency Collection

Les billets de la série de 1954 mesuraient 15,2 cm de long sur 7 cm de large; ils étaient donc plus étroits de 3,3 mm que ceux des séries précédentes. Ce changement a été apporté pour des raisons techniques.

La production des billets elle-même subit alors de profondes transformations afin de réduire les coûts et de répondre à la demande croissante. Les billets sont désormais faits de papier composé à parts égales de fibres de lin et de fibres de coton. Leur recto est imprimé à l’aide d’une seule plaque en creux (au lieu de deux) et de deux plaques offset. De plus, en 1965, la Banque autorise les sociétés d’impression à produire 40 billets par feuille plutôt que 32. Le procédé d’application des signatures officielles est aussi modifié : celles-ci cessent d’être apposées par typographie pour être plutôt gravées directement dans les plaques en creux.

La série Paysages canadiens (1954)
National Currency Collection

George Gunderson

Né en 1910, George Gunderson fréquente l’Ontario College of Art et l’Académie Julienne de Paris. Il travaille au Bureau of Engraving and Printing, à Washington, où il conçoit plusieurs timbres américains. Une fois entré au service de la British American Bank Note Company, à Ottawa, il est formé par Harry P. Dawson. La qualité de son travail lui vaut une grande renommée comme graveur-lettreur et graveur d’illustrations, et il occupera plus tard le poste de directeur artistique de l’entreprise. Gunderson est le créateur de l’effigie originale de la reine figurant sur toutes les coupures de la série de 1954, surnommée « face du diable ». Il grave également le portrait de la reine sur les billets de 1, 2 et 20 dollars de la série de 1969-1979 ainsi que ceux de Macdonald et de Mackenzie King sur les coupures de 10 et de 50 dollars de cette même série. Il crée le paysage du lac Moraine que l’on peut voir au verso de la coupure de 20 dollars de la série de 1969- 1979 et, en collaboration avec son collègue C. Gordon Yorke, l’image de la pêche au saumon dans le détroit de Johnstone, en bordure du Pacifique, qui orne le verso du billet de 5 dollars de l’émission de 1972. George Gunderson prend sa retraite en 1973 et meurt en avril 1975.

1 dollar 1954

1 dollar 1954 - Billet de banque du Canada

D’abord imprimé par la Compagnie canadienne des billets de banque limitée, et plus tard par la British American Bank Note Company, le billet de 1 dollar porte au recto un portrait de la reine Elizabeth II exécuté à partir d’une photographie de Karsh. L’effigie, qui orne toutes les coupures de la série, a été déplacée vers le côté droit afin d’éviter l’usure due au pliage. On estimait que le remplacement du cadre décoratif par une vignette sans cadre compliquerait la tâche des faussaires. L’image de la prairie de la Saskatchewan reproduite au verso a été gravée par Carl Louis Irmscher, de l’American Bank Note Company.

2 dollars 1954

2 dollars 1954 - Billet de banque du Canada

La coupure de 2 dollars a été imprimée par la British American Bank Note Company. Harry Dawson, qui travaillait pour cette dernière, a gravé le verso du billet, sur lequel figure une illustration de la rivière Saint-François, vue depuis Upper Melbourne, dans le comté de Richmond, au Québec. La même bordure est utilisée sur les deux faces de tous les billets de la série.

5 dollars 1954

5 dollars 1954 - Billet de banque du Canada

Jusqu’en 1959, la coupure de 5 dollars a été imprimée exclusivement par la British American Bank Note Company. C. Gordon Yorke, graveur pour cette société, a exécuté l’image du verso représentant la chute Otter sur la rivière Aishihik, Mile 996, route de l’Alaska, dans le sud-ouest du Yukon.

10 dollars 1954

10 dollars 1954 - Billet de banque du Canada

Au verso du billet de 10 dollars figurent le lac Émeraude et le mont Burgess dans le parc national Yoho, en Colombie-Britannique. Œuvre de Harry Dawson, la gravure a été réalisée à partir d’une photographie prise pour le Chemin de fer Canadien Pacifique. Cette coupure a aussi été produite par la British American Bank Note Company.

20 dollars 1954

20 dollars 1954 - Billet de banque du Canada

La coupure de 20 dollars, pour sa part, a été imprimée par la Compagnie canadienne des billets de banque limitée. On doit cependant le dessin du recto, à l’exception du portrait, au graveur Andrew McMillen, de l’American Bank Note Company. Quant au verso, il a été exécuté par deux autres employés de cette société : William Ford a gravé l’image des Laurentides en hiver à partir d’une photographie de l’Office provincial de publicité de Québec, et son collègue Joseph Louis Bejcek a réalisé la gravure des autres éléments.

50 dollars 1954

50 dollars 1954 - Billet de banque du Canada

Le paysage marin au verso de la coupure de 50 dollars a été gravé par Warrell Alfred Hauk, de l’American Bank Note Company, à partir d’une photographie de la plage Crescent, à Lockeport, sur la rive sud de la Nouvelle-Écosse. Le billet a été imprimé par la Compagnie canadienne des billets de banque limitée.

100 dollars 1954

100 dollars 1954 - Billet de banque du Canada

Le billet de banque de 100 dollars a aussi été imprimé par la Compagnie canadienne des billets de banque limitée. Il est doté au verso d’une illustration du lac Okanagan, en Colombie-Britannique, œuvre du graveur William Ford, de l’American Bank Note Company.

1,000 dollars 1954

1,000 dollars 1954 - Billet de banque du Canada

La coupure de 1 000 dollars a été imprimée par la Compagnie canadienne des billets de banque limitée. Au verso figurent le pont couvert du village de L’Anse-Saint-Jean, au Québec, et, à l’arrière-plan, le fjord du Saguenay. La gravure a été exécutée à partir d’une photographie du Montréalais Max Sauer.

Cet article représente une partie de la publication nommée L'oeuvre artistique dans les billets de banque canadiens de la Banque du Canada

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